Atelier écriture janvier 2021

17 Février 2021

Atelier d’écriture du jeudi 28 janvier 2021 (par e-mail en raison de la Covid)

Les émotions

Compte rendu

L’atelier d’écriture du 28 janvier 2021 mettait à l’honneur les émotions.

Rappel des émotions de base :

Joie

Tristesse

Peur

Colère

Dégoût

Surprise

 

Nous devions choisir une ou des émotions qui habiteraient notre personnage.

Un exemple : Un personnage dans une gare :

Si vous avez choisi : la joie

Votre personnage est joyeux. La gare lui semble lumineuse. Les bruits sont amicaux. Il a, dans la main, un ticket de quai qui lui permettra d’aller vers la passagère ou le passager qui va arriver et qu’il attend impatiemment.

Si vous avez choisi : la tristesse

Votre personnage regarde le train s’éloigner. La gare devient sombre et laide. Les bruits sont assourdissants. La pluie va crépiter sur le toit. Il a dans la main un mouchoir et essuie ses larmes …

Si vous avez choisi : la peur

Votre personnage sue et tremble, sa valise à la main. Il fuit. Il cherche son train. Toute la gare semble le questionner, lui adresser des reproches. Il ne trouve plus son billet. Dehors un orage éclate …

Pour soutenir l’écriture :

-Une chanson célèbre hautement joyeuse : Singing' in the Rain

https://www.youtube.com/watch?v=swloMVFALXw

-2 poèmes :

Sully Prudhomme (1839-1907) : La joie (extraits)

Louise Ackermann (1813 -1890) : La colère avec : La guerre (extraits)

 

Quelques textes d’écrivants et écrivantes pour illustrer la consigne :

Patrick : Une douleur déchirante et Peur irraisonnée

Andrée : Le retour

Evelyne : Le collier

On peut continuer à écrire sur ce thème et à envoyer son texte à l’animatrice :

Evelyne Willey : ewilley@laposte.net

 

Le prochain atelier se tiendra le jeudi 25 février 2021.

Pour l’instant, il est toujours prévu par e-mail, en raison des conditions sanitaires.

 

A la suite, les textes de nos écrivains :

 

Peur panique

J’empreinte toujours pour rentrer à mon domicile, après ma journée de travail, la traverse du vieux cimetière juif. Je gagne par ce raccourci énormément de temps. La voix est relativement courte bordée, d’un côté de dépôts et garages. De l’autre côté il y a le chantier d’un immeuble en construction, clos de palissades métalliques, et les grilles d’entrée du parking de la supérette voisine.

Elle fait un coude avant de passer sous la voie ferrée par un tunnel et de déboucher sur le grand boulevard, conduisant chez moi

La journée, l’activité des dépôts, les ouvriers affairés sur le chantier et les véhicules pénétrant dans parking créent une animation rassurante. Mais la nuit venue, plus âme qui vive.

Les réverbères l’éclairent chichement et les nombreuses zones d’ombre sont propices à toutes sortes de mauvais coups. Le tunnel, plongé dans les ténèbres, est un endroit privilégié pour les agressions.

Les esprits rationnels me diront, sans doute, que j’ai autant de chance de me faire agresser le jour que la nuit. Depuis mon enfance, j’ai la phobie de la nuit. Il me faut toujours, même adulte, une veilleuse allumée dans la chambre, sinon je fais des cauchemars horribles.

J’ai toujours pu éviter le dangereux parcours nocturne, en rentrant de jour ou bien accompagnée de mon conjoint.

Mais le jour, tant redouté, est arrivé : une réunion tardive et mon mari en déplacement.

J’arrive à la hauteur de la traverse. J’hésite. Dans un premier temps, je préfère ne pas tenter le diable et continue ma route, tout droit. Mais au bout de quelques pas, je rebrousse chemin, me traitant d’idiote. Je m’engage dans la traverse.

Je reste un long moment avec plusieurs respirations forcées pour calmer mon cœur, qui bat la chamade et me donner du courage. Puis je prends comme objectif d’atteindre le plus rapidement possible, le premier lampadaire.

Je trotte, que dis-je, je galope. Talons hauts et jupe ajustée sont parfaits pour une tenue de secrétaire, en revanche pas du tout adaptés pour une course. J’arrive tant bien que mal à la source lumineuse et je continue, encore plus pressée vers la seconde.

Hélas, une bouche d’égout sournoise me fait trébucher. Mon sac se renverse et une partie de son contenu s’éparpille dehors. Je remets tout en place et reprend ma progression, fâchée de cet arrêt inopiné.

Je rencontre un homme qui promène son chien et je profite de cette opportunité pour avancer un peu sereinement.

Accalmie de courte durée. Je perçois tout d’un coup, les pas rapides d’un homme qui avance vers moi, en courant. En une fraction de seconde j’analyse la situation : courir et se faire rattraper dans le tunnel n’est pas la meilleure des solutions. Je décide de m’arrêter à l’entrée de celui-ci et de faire face à l’ennemi. Me rappelant le cours de self-défense, je me campe bien sur mes deux jambes, légèrement fléchies, et alors que l’agresseur est proche de moi, je lui décroche un terrible coup de pieds dans sa partie la plus sensible de son anatomie.

L’homme est plié en deux et se tient le bas-ventre. Il me tend quand même quelque chose dans sa main que j’identifie comme mon trousseau de clés. Péniblement il se remet droit et me dit : « vous avez fait tomber vos clés » je suis confuse et je rougis. Je m’excuse de mon geste et je lui explique ma peur panique.

Compréhensif, il me propose de m’accompagner jusqu’au boulevard. Voilà une aide inespérée qui me permet de sortir saine et sauve d’une expédition très délicate.

Toutefois, il m’est apparu clairement que je devais, au plus tôt, apprendre à me contrôler et d’entamer une thérapie pour ma peur maladive du noir.

Patrick

 

Une douleur déchirante

Le village, d’ordinaire si animé le samedi, semble vivre au ralenti. Les enfants ont déserté le mail où ils jouent traditionnellement au foot. La place du marché est déserte. Les commerçants ont tiré leurs rideaux, en guise de soutien.

Le glas sonne ses accords lugubres. Une foule sombre et silencieuse attend aux portes du cimetière.

Même le ciel a revêtu un habit de circonstance avec de gros nuages noirs qui s’accumulent à l’horizon. Le vent joue avec le son métallique des boites de conserves roulant sur le sol. Étrange concerto qui accentue le sinistre de l’atmosphère.

Le cabriolet des pompes funèbres franchit les grilles, suivi du cortège.

En tête, un couple, lui courbé sous le poids du malheur, elle, s’agrippant à son bras, peinant à marcher. Son visage est défait. Malgré tous ses efforts, elle ne peut s’empêcher d’éclater en sanglots qu’elle tente vainement d’étouffer avec un mouchoir. À leur côté un petit garçon tient sa sœur par la main il est conscient de son rôle protecteur.

Le cortège stoppe devant une tombe où les fossoyeurs s’affairent encore. Le cercueil est déposé sur un châssis et la famille l’entoure. Le curé du village prononce un éloge funèbre. Gerbes et bouquets de fleurs blanches s’accumulent au pieds des tréteaux

Alors que l’ecclésiastique parle de la disparue, sa mère la revoie : Pas plus haut que trois pommes, toute frisée comme un mouton, ses yeux ronds, deux billes toujours en mouvement, un sourire espiègle. Depuis sa venue au monde, elle illuminait le foyer de ses parents.

Elle se souvient des grimaces le jour de son baptême, ses premiers gazouillis, les tétées gourmandes et le soupir de satisfaction qui en résultait, ses premiers pas comme une funambule, enfin ses jeux ou elle imposait déjà sa personnalité.

L’homme d’église a terminé son office. Les fossoyeurs font glisser le petit cercueil dans le trou béant.

Des flashs continuent à jaillir dans la tête de la mère : Sa fille jouait au ballon dans le jardin, le portail était grand ouvert, soudain, ce coup de frein lugubre qui se prolonge…. Le bruit d’un choc sourd. Les sirènes et les gyrophares…

Elle a appelé son enfant, comme une folle, l’a cherchée. Une voisine l’a retenue en l’entourant de ses bras.

C’était sa fille qui avait été accidentée.

Elle s’est précipitée vers le fourgon des secouristes. On lui a dit : « désolé, nous avons tout tenté, en vain. ». Alors elle a vu un homme à la mine hagarde, tremblant de tout son corps : « Elle s’est jetée sous mon camion pour rattraper son ballon, je vous jure que je n’ai rien pu faire. »

Le trou est rebouché. Les couronnes de fleurs forment une petite pyramide éclatante sur la sépulture.

Un cri déchirant de louve blessée s’échappe de la bouche de la maman. Un cri d’une douleur indicible qui glace d’effroi toute l’assemblée et se grave, à jamais, dans les mémoires.

Patrick

 

Le retour

À mon père

Nous sommes en mai 1946.

Les prisonniers de guerre rentrent, petit à petit, chez eux.

Depuis quelques jours, c'est le remue-ménage, dans la petite maison au fond de la rue.

Celle avec son jardin fleuri, ses arbres fruitiers qui contribuent à son charme.

Là, vit la petite Jeanne avec son grand-père, sa grand-mère et Jean, l’oncle de la petite fille.

Cette agitation est due au retour d’un soldat, le papa de la petite Jeanne, le fils ainé de la famille.

Tout le monde est heureux !

La petite fille court vers la voiture qui lui ramène un monsieur qu'elle ne connait pas, son papa.

Lui non plus ne connait pas la petite fille.

Elle se précipite vers lui.

Il la serre fort dans ses bras.

Les parents sont contents de retrouver leur fils Pierre.

En entrant dans la maison, Pierre demande à l’enfant :

« Où est ta maman ? « 

Il se retourne vers ses parents : « Où est Louise ? »

Avec une grande tristesse, la mère répond :

« Elle est partie. Elle est partie …vivre ailleurs. »

La souffrance, la déception, le chagrin se lisent sur le visage du soldat.

Il pleure en serrant fort contre son cœur la petite Jeanne.

Les années ont passé.

La petite Jeanne est une grand'mère.

Elle n'a rien oublié.

Andrée

 

Le collier

Le dégoût ! Je ferme les yeux, je soupire. Il faut absolument que je vous raconte. Approchez, j’ai un peu honte.

J’avais décidé de m’inscrire dans une agence matrimoniale, ce qui relevait de l’exploit car je pensais m’être habituée à ma solitude de veuve. Quelle présomption ! s’habituer à la solitude, c’est comme avaler chaque jour et chaque nuit un lent poison. Mais je m’égare.

Donc, ma conseillère matrimoniale m’avait arrangé un premier rendez-vous en disant : « Vous verrez, c’est un monsieur charmant, éduqué, légèrement plus jeune que vous, qui partage beaucoup de vos goûts ». C’était de bon augure. J’étais allée chez le coiffeur et avais opté pour une tenue simple et classique. Je me sentais joyeuse, émue, guillerette, des émotions que j’avais presque oubliées.

Je suis arrivée très en avance sur le lieu du rendez-vous, un café à la mode dont la terrasse donnait sur un petit jardin romantique.

J’avais commandé un Schweppes Tonic et m’amusais à regarder les bulles qui dansaient dans le verre puis venaient s’agglomérer autour de la rondelle de citron. J’ai sorti de mon sac « Nouvelles romaines » d’Alberto Moravia, en édition bilingue, et j’ai lu. C’était passionnant et j’ai donc raté son entrée.

Une voix calme et douce a dit très poliment : « Christine ? ». J’ai levé la tête de mon livre et vu une barbe. Je veux dire un homme portant ce genre de barbe que l’on nomme « collier », assez fournie, de poils frisés d’un blond roux assez clair. J’étais stupéfaite, je ne m’attendais pas à un face à face avec une pilosité masculine aussi flagrante.

Le collier était surmonté d’une bouche mince, d’un nez fin, de pommettes légèrement relevées et de beaux yeux sombres et tristes. Ses cheveux, de la même couleur que sa barbe, étaient coupés très courts.

Mon père s’est toujours rasé de près avec un rasoir à main, mon mari, la même chose mais avec un rasoir électrique. Je n’ai jamais flirté avec un barbu.

Je ne sais pourquoi, mais j’ai toujours pensé qu’un homme qui portait la barbe avait quelque chose à cacher. C’est parfaitement idiot comme réflexion, mais c’est ainsi.

Il a vu la couverture du livre et a souri « Formidable, nous allons pouvoir parler de l’Italie ». Il m’a tendu une main franche : « Serge. Je suis veuf depuis sept ans. Je voudrais tourner la page. » J’aimerais répondre que moi, cela fera dix ans, ce printemps, qu’on a enterré mon mari, mais j’ai la gorge si sèche et les mâchoires si douloureuses, que je ne peux articuler un mot. « En temps qu’archéologue, je peux essayer de vous éblouir avec ma connaissance des sites italiens » Il tente un sourire complice. Je suis totalement tétanisée. Mais pourquoi est-il barbu ? Et soudain, j’aperçois dans sa barbe une chose infime, une miette de quelque chose, de biscuit ? de pain ? Je suis fascinée par cette barbe, sorte de petite poubelle portable. Impossible de lui signaler l’intruse.

Pour meubler le silence, il évoque brillamment le site de Pompéi et les nouvelles découvertes. Puis il demande : « Vous aimez la cuisine italienne ? » Que n’a-t-il dit ? Galvanisée par mon sens aigu du détail et mon imagination débordante, je l’imagine, lui et sa barbe, mangeant, face à moi, des spaghettis sauce bolognaise. Oh le tableau dégoûtant !

Je n’en peux plus. Je jette « Nouvelles romaines » dans mon sac et me lève vivement. Je parviens à articuler sans le regarder : « Excusez-moi. Ce n’est pas possible. Je suis désolée » et je me sauve.

J’ai honte de mon attitude. Peut-être suis-je passée à côté d’une belle rencontre ? Mais les goûts ou les dégoûts, que voulez-vous cela ne se raisonne pas.

Evelyne