Atelier écriture Novembre

08 Décembre 2018

Compte rendu de l'Atelier d'écriture autour de la découverte par le toucher d'un objet,  du mercredi 28 novembre 2018 à 14 H 30 -

Salle premier étage AVH - Objet à découvrir : Une tire-lire en forme de tête de licorne

-Lecture des textes des écrivants autour de la senteur : le laurier

-Découverte minutieuse de l'objet 

-Lecture d'un court poème de Maurice Carême (1899/1978) Pigeon vole 

-Lecture de renseignements généraux sur la tire-lire : La monnaie métallique apparait au 7ème siècle avant JC. La tire-lire est sans doute d'origine grecque. Les romains épargnent leur monnaie dans de récipients de terre cuite représentant un temple. Les tire-lires de cette époque sont produites à peu de frais par les potiers. Au moyen-âge les tire-lires sont métalliques dotées de systèmes de fermeture complexes. Au XVIeme siècle fleurissent les tire-lires en céramique, imitant les porcelaines d'Extrême Orient. Au XVIIIe siècle les matériaux s'ennoblissent, la tire-lire devient un objet précieux pour la bourgeoisie. Mais à partir de 1840 la tire-lire se démocratise. Les potiers de campagne réalise des objets en terre cuite émaillée ou peintes. Les formes d'abort simples (sphériques ou piriformes) évoluent. Les cochons tire-lires font leur apparition dans toute l'Europe. L'artisanat campagnard met en avant de nouveaux thèmes : canard, poule, pigeons … A présent la tire-lire est considérée comme un jouet éducatif destiné à développer le sens de l'économie et de l'épargne chez l'enfant. Le XIXe siècle est l'âge d'or des tire-lires avec des formes s'inspirant de la vie qui nous entoure. Après la première guerre mondiale la fabrication des tire-lires s'essouffle. L'avènement des grandes séries voit l'appauvrissement des matériaux et des motifs. 

-Lecture de renseignements généraux sur la licorne.

Chacun invente ou se souvient autour de la licorne ou de la tire-lire : 

Claude : Je vais évoquer la licorne vietnamienne qilin (Kirin) : Lors de la fête du Têt elle est promenée à travers les villes. C’est ainsi que j’ai fait sa connaissance. C’est une divinité protectrice. Elle symbolise la prospérité et la justice. Sa tête est celle du dragon, et son corps celui du cheval.

 Robert : (Texte définitif) La boite à sous: Retentissante de « Joyeux Noël ! », la tablée du petit déjeuner accueille l’enfant unique de la famille qui, malgré son impatience fébrile, doit embrasser tout le monde. Pouah !...

Café au lait et tartines engloutis, gringuenaudes aux commissures des lèvres, le benjamin précipite ses sept ans vers le sapin, dans l’espoir d’être gâté comme les années précédentes bien qu’il ne croit plus au père Noël.

Au pied de l’arbre, tout est là : un Télécran aux mille dessins possibles, la super Ball qui rebondit à l’infini, les figurines du feuilleton Thierry la Fronde, son premier "Teppaz", des livres de la bibliothèque verte et mille autres fantaisies toutes porteuses de rêves. Pourtant, son regard occulte les merveilles, hypnotisé qu’il est par une horrible pomme vert acide, coiffée d’une feuille en caoutchouc kaki. S’en saisissant, il découvre une tirelire de bois, au-dessous de laquelle est fixée une petite clé sur une trappe métallique. Derrière lui, la voix aigre de sa tante déclare que ce jouet éducatif lui enseignera l’épargne. Dans sa petite tête, comme des pièces dans une boite à sous, d’autres mots s’entrechoquent : éducatif, école, arithmétique, institutrice, pouah !

Les yeux mouillés, boudeur, il file dans sa chambre pour déposer cet objet inutile sur son « cosy-corner », où les jours empoussièrent déjà une autre cachemaille, témoignage de l’enfance de sa mère : un chalet savoyard en hêtre verni, des rideaux de dentelles empesées aux minuscules fenêtres et des géraniums rouges et blancs peint à même le bois sculpté.

Encore plus nul que sa pomme et, de surcroit, un truc de fille. Pouah !... 

La maisonnette et la pomme ne recevront jamais ni monnaie, ni billets. Le garçonnet, gourmand, transformera tout son argent de poche en bonbons, parfois jusqu’à la nausée. Seuls les emballages des sucreries empliront le vide des tirelires, refuge illusoire contre les réprimandes maternelles.

Quant aux étrennes plus conséquentes, en grandissant, il les engloutira dans des bandes dessinées, disques vinyle, et comprendra au fur et à mesure qu’épargne et plaisir immédiat ne peuvent faire bon ménage !

 Renée : Pas question pour moi d’avoir une tire-lire cochon car mon père était charcutier. Ma tire-lire avait la forme d’un coffre-fort et je devais inventer une combinaison secrète pour l’ouvrir et la fermer. Je me cachais de mon frère qui ne devait pas découvrir les numéros. Très vite à la place d’une tire-lire on a ouvert pour moi un livrer à la Caisse d’Epargne.

 Magi : Nous étions cinq enfants alors les parents ne nous donnaient pas beaucoup de pièces de monnaie à mettre dans nos tire-lires. Je me souviens d’une boite en fer bleue avec une fente sur le dessus. Plus tard je mettais mes économies également dans une boite en fer, qui avait appartenue à ma mère, et je la cachais dans l’armoire de ma chambre.

 Evelyne : (Texte définitif) Une histoire de marins : « Un cadeau du parrain François pour ton anniversaire ! » D’après la taille de l’emballage, ce n’est pas le beau livre illustré que j’avais demandé. Je n’ai pas envie de découvrir ce présent.

Le parrain je ne l’ai vu qu’en photo. C’était un vieux copain de papa. On ne l’avait jamais invité. Maman ne l’aimait pas et puis il habitait Toulon, le bout du monde lorsqu’on vit à Lille. Il servait dans la Marine nationale. Je m’en fichais bien.

« Tu ne regardes pas ton cadeau ? » J’opte pour une mine sombre je crains le pire et j’ai raison : je découvre une tire-lire en forme de buste de petit marin. Imaginez un béret ridicule surmonté d’un gros pompon rouge, coiffant une tête triste d’enfant trop sage à la bouche maquillée comme celle d’une cocotte. Papa me dit que je vais apprendre à économiser. Économiser quoi ? Nous sommes pauvres, je n’ai des piécettes que rarement. Maman ajoute « à chaque fois que tu auras un dix, je mettrai une pièce dans ta tirelire ». Cela ne l’engage pas beaucoup, il me faut un courage surhumain pour atteindre un neuf.

Je l’ai oubliée, sans état d’âme, en haut de l’armoire de ma chambre, la tire-lire du parrain François.

Je me souviens parfaitement le jour ou papa, très pale, a dit : « parrain François est mort en mission » et puis il a quitté brusquement la pièce. Moi, le cœur bizarrement serré, en montant sur une chaise j’ai attrapé la tire-lire que j’avais trouvée si ridicule. J’ai regardé bien droit ses yeux maquillés et j’ai murmuré « Pauvre guars ».